Le sourd-muet et l’aveugle unijambiste

Le sourd-muet, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
L’aveugle unijambiste par l’odeur alléché
Lui tint à peu près ce langage :
Et bonjour, Monsieur tout là-haut,
Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre langage
Se rapporte à votre grimage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
A ces mots, le sourd-muet ne se sent pas de joie
Et commence à manger sa ricotta
L’aveugle unijambiste ébahi en perd sa voix
Et devient par ce fait le premier
Aveugle unijambiste muet de l’histoire !

Ah que la vie est difficile lorsque l’on souffre d’une infirmité. On n’est jamais à l’abri de les accumuler : sourd-muet, aveugle-unijambiste, sourd-muet-aveugle-unijambiste- incontinent.
Il est surtout difficile d’être pris pour un poly-handicapé alors que l’on ne souffre que d’un handicap – ce qui est déjà bien assez.

Dans le cas des sourds, on leur attribue le plus souvent la double infirmité de surdité et de mutité. Or, un sourd n’est jamais – sauf cas exceptionnel – muet.
La plupart des sourds émettent des sons lorsqu’ils conversent. Certes, on les comprend parfois mal, mais ceci est dû au fait qu’ils n’entendent pas les sons qu’ils produisent et ont par conséquent des difficultés à oraliser.  Leurs cordes vocales se portent en revanche merveilleusement bien.

Au final, le vrai handicap des sourds n’est pas de ne pas entendre, mais d’être dans l’impossibilité de communiquer avec les entendants.  Ce débat, qui est au centre de nos préoccupations, fera l’objet de nombreux billets.

Moralité :

Un handicap n’en cache pas un autre, mais ce n’est pas toujours celui que l’on imagine.

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