Archive for septembre 2009

«Je suis sourd. Aux urgences, quand j’ai signé on m’a pris pour un fou»

Par ERIC FAVEREAU

C’est peut-être par politesse, ou pour ne pas déranger. A la question «Avez-vous compris », les sourds ont pris l’habitude depuis leur enfance de dire «Oui». Certes… Mais comment font-ils quand lors d’une consultation avec un médecin, ils ne comprennent pas et n’osent pas le dire ? Les sourds, comme tout le monde, peuvent être malades, vont voir des médecins, sont hospitalisés.

Jean Dragon est médecin. Depuis des années il se démène pour que l’on ne fasse pas comme si de rien n’était. Il a été l’initiateur de la consultation expérimentale en langue de signes à l’hôpital la Pitié à Paris, et le voilà maintenant médecin pour les soins aux sourds au CHU de Marseille. Dans un très beau livre (1), il raconte combien, lors d’une relation médicale de soins avec des personnes sourdes, les malentendus peuvent s’accumuler. Ecrire, alors ? Ce n’est pas si simple. «Les sourds ont un rapport difficile avec l’écrit. Ils peuvent apprendre de nouveaux mots, mais le sens d’un texte peut leur échapper.» Exemple que raconte le Dr Dragon : «L’un reçoit une ordonnance où il est écrit : « Trois comprimés à répartir dans la journée au moment des repas. » Il a dû être hospitalisé en urgence, parce qu’il avait avalé trois comprimés d’anti-inflammatoires à chaque repas…»

Des histoires, Jean Dragon en a plein. Ainsi celle de Monsieur G., sourd. Il a un diabète mal contrôlé depuis des années. Avec de graves complications, surtout aux pieds. «Quand il vient me voir, Monsieur G me raconte qu’il s’était rendu la veille aux urgences et avait été renvoyé chez lui à 3 heures du matin avec un courrier et un numéro de téléphone pour prendre rendez-vous. Je téléphone au médecin de garde qui me fait la réponse habituelle : « Il n’y pas eu de problèmes, la communication était possible, je lui ai expliqué qu’il fallait équilibrer son diabète. ».» En fait, depuis des mois, M. G est en échec thérapeutique, en partie, «parce que les soignants sont en échec de communication, sans en avoir conscience».

Ou encore cette histoire d’un sourd, amené aux urgences pour une appendicite. Il témoigne : «D’ordinaire, c’est mon oncle qui m’aide avec les médecins. Aux urgences, on a attendu, j’étais sur un brancard, puis on m’a séparé de mon oncle. On a roulé le brancard dans une pièce remplie de machines médicales, j’ai cru que c’était le bloc opératoire, je voulais les avertir avant l’opération que je suis allergique, ils ne comprenaient pas, quelqu’un est entré, la porte est restée ouverte. J’ai aperçu mon oncle et je me suis mis à signer. Mais j’ai senti quelqu’un m’attraper par-derrière, ils me prenaient pour un fou… Une infirmière a dit à mon oncle qu’elle était désolée.»

(1) «Les silencieux, chroniques de vingt ans de médecine avec les sourds» par Jean Dragon, ed. Presse Pluriel

Source : Libération.fr

Economie numérique et accessibilité : la fracture envers les sourds parlant la langue des signes

Séminaire NKM Numérique : investir aujourd’hui pour la croissance de demain [PART I]

En nous rendant au séminaire « Numérique : investir aujourd’hui pour la croissance de demain » organisé par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’état chargée de la prospective et du développement de l’économie numérique, nous ne pensions pas nous confronter aussi directement à cette problématique qui nous tient tant à cœur : l’accessibilité. Et pourtant…

Tout en restant un exercice de communication bien rodé destiné à convaincre de la priorité à donner au numérique dans le grand emprunt,  les plaidoyers des différentes tables rondes ainsi que les brillantes interventions des présidents de la commission, impressionnants par leur expérience politique, nous ont permis d’approfondir les problématiques propres au développement de notre WebTV en langue des signes.

Accessibilité : « ne laisser personne au bord de la route » au nom de « cette passion française : l’égalité »

Ces formules chères au sénateur Retailleau symbolisent un thème récurrent tout au long des débats : la fracture numérique. N’oublions pas que si celle-ci porte pour Michel Mercier, Ministre de l’espace rural et de l’aménagement du territoire, avant tout sur les infrastructures elle est tout autant sociale et culturelle, comme rappelé par Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication.

Le numérique n’est pas qu’un sujet économique qui nous permettrait « d’aller chercher le point de croissance en plus…. » mais aussi un sujet « poétique, politique » et social, d’après le beau lapsus du ministre de la culture. Ces propos ne peuvent que faire écho à notre mobilisation. Certains citoyens n’ont, en effet,  pas encore pleinement accès à ce média qui pourtant leur semblait être destiné : les sourds. (following next on T1sch.com… )

60% des sourds parlant la langue des signes comme langue première ont des difficultés avec le français (cf. nos précédents post…) et ne sont pas à l’aise avec des textes écrits dans une langue qui leur est étrangère, le français.

Alors qu’ils se sont déjà appropriés cet outil pour des usages innovants  (chat vidéo…also following next), ils n’ont pas accès aux clés de compréhension des contenus écrits ou vidéos, même sous-titrées.  Ils ont donc d’autant plus de difficultés à en comprendre le sens. Au lieu d’être une formidable fenêtre d’ouverture sur le monde, le web les renvoie donc à leur réalité décalée, leur solitude, détachée de l’environnement qui les entoure.  D’où un sentiment d’exclusion et une frustration forte…comme encore à la télévision !

Gardons donc à l’esprit que le web, comme l’audiovisuel, n’est pas « naturellement » accessible au sourds.  Cet outil, représentant originairement une extraordinaire avancée technologique, risque donc de ghettoïser encore un peu plus au lieu de concrétiser l’ouverture. Paradoxal ! Car on pourrait aussi y construire les outils qui permettraient de soutenir la formation, l’insertion et de ne pas laisser les plus défavorisés devenir « Computer Illiterate », selon la formule de Hervé Yahi, PDG de Mandriva. Il faut donc développer et promouvoir de nouveaux outils pour donner  pleinement accès aux sourds à l’économie numérique.

Claudie Haigneré l’a très justement exprimé : « la fracture est aussi dans la capacité à s’approprier le contenu ». Ce n’est pas simplement une question d’ingénierie ou d’infrastructure, c’est aussi un problème de contenu et de services.

Première soirée T1SCH / TVisual

Ce soir aura lieu la première soirée T1SCH / TVisual.

Elle a pour objectif de réunir tous ceux qui, depuis un an déjà participent au projet, projet qui sera bientôt une réalité. Cette soirée sera l’occasion de visionner ensemble le pilote de notre émission-phare ainsi que le site internet qui sera visible au grand public dans quelques semaines.

Nous mettrons des photos en ligne au plus vite. Vous pourrez ainsi voir en avant-première quelques-uns des visages qui feront les beaux jours de la chaîne.