Archive for the ‘ Langue des signes ’ Category

Audisme version australienne : La surdité traitée de fléau

Le docteur Dimity Dornan a créé la Fondation « Hear and Say » en Australie, qui fait notamment la promotion de l’implant cochléaire.

Dimity Dornan vient de recevoir le prix de la Femme d’Affaires de l’Année dans l’État du Queensland.

Même si c’est directement lié, nous ne souhaitons pas soulever dans cet article le débat pour savoir s’il faut être pour ou contre l’implant cochléaire. (Mais le sujet sera bien évidemment traité dans nos émissions lorsque la chaîne sera lancée !).

Cependant, après avoir lu un article concernant ce prix, nous ne pouvons rester muets face aux termes employés. Vous trouverez l’article (en anglais) ici

Pour résumer en une phrase, le Dr Dornan compare la surdité à un fléau qu’il faut éradiquer et qui fera bientôt partie du passé, tout comme la polio.

La surdité est vécue comme un handicap pour les uns et comme une vraie richesse pour d’autres. Certains la vivent donc mal et d’autres plutôt bien. De même pour leur entourage. Pour certains, il est difficile d’interagir avec des sourds et ils préfèreraient ne pas avoir à « gérer » ce handicap. Pour d’autres, cela permet de découvrir une culture, de penser différemment, de voir le monde avec un regard nouveau.
Selon que l’on vive la surdité comme un handicap ou une richesse, il semble a priori normal, quand cela est possible, de pouvoir avoir le choix – de l’implant ou de l’appareillage dans un cas ou de l’enseignement bilingue LSF et français dans l’autre, par exemple-, et que ce choix soit fait après avoir acquis le maximum d’informations de tous les camps possibles.

On ne peut pas nier que la surdité représente un handicap dans le monde entendant. Comme nous l’avons déjà dit dans d’autres articles, le handicap se situe surtout dans le fait de ne pas pouvoir communiquer, et non pas de ne pas pouvoir entendre.
Mais une culture extraordinaire est née de ce handicap de communication : une langue (et non un langage), qui permet d’exprimer tous les concepts possibles et imaginables et même des concepts qui n’existent pas dans la culture entendante, un humour, une identité en somme.

Contrairement à d’autres handicaps, celui-ci, par sa nature-même, présente donc une richesse culturelle indéniable.
Comment alors peut-on en parler comme d’un fléau, qu’il faut éradiquer ?!
Ces termes sont scandaleux. La langue des signes serait donc un fléau, l’identité des sourds également ? Il faudrait détruire tout cela ? Il semble qu’il existe un terme pour cela.

Nous sommes ici face à un cas évident d’audisme (L’« audisme » désigne la façon qu’ont les entendants de décrire la communauté sourde et d’exercer leur autorité sur elle).
Seul le handicap, l’angle négatif, réducteur de la surdité est pris en compte par le Dr Dornan, avec un regard d’entendant audiste.

Cette vision nous semble terriblement choquante.

L’action de ce docteur mérite d’être saluée parce qu’elle permet à des personnes qui vivent leur surdité comme un handicap et pour lesquelles les technologies d’appareillages peuvent avoir un effet, de sortir quelque peu de leur handicap.
Mais dénigrer les aspects positifs de la surdité, ne pas se poser un seul instant la question de l’intérêt de la défense de la culture sourde, de la langue des signes etc. – ne serait-ce que pendant que les technologies ne sont pas encore au point, ce qui est le cas -, voir tout cela comme un fléau est révoltant !

Image © Natazilla

langue des signes: la nouvelle langue que l’on s’arrache !

Belle à voir, plus esthétique, plus moderne, la langue des signes est tendance. Comme un vêtement et beaucoup plus utile, de plus en plus de personnes cherchent à apprendre la langue des signes !

Un rapport de la Modern Language Association aux États-Unis montre que le nombre d’étudiants en ASL (American Sign Language) a augmenté de 16%.
Il semblerait qu’en France aussi, le nombre de personnes désirant apprendre la langue des signes (LSF) soit en constante augmentation. Ce dont nous sommes certains, c’est que les universités créent de plus en plus de formations de langue des signes dont la dernière en date, une formation à Toulouse.
D’une part elle intéresse bien sûr les futurs interprètes et l’entourage familial dont un parent est sourd, mais aussi les artistes, les psychologues, les cognitivistes, les infirmiers… D’autre part, la pratique de la langue des signes sera de plus en plus demandée sur le marché du travail à l’avenir. Oui, aux États-Unis, la plupart des entreprises embauchent des sourds et demandent à leurs employés d’apprendre la langue des signes. Espérons qu’en France nous évoluerons dans la même direction.

Si vous voulez en savoir plus, lisez l’article d’Actu Traduction Web.

Google se met enfin à la langue des signes

Pourquoi continuer à utiliser un clavier et une souris quand on peut répondre à ses mails grâce à la langue des signes ?

Et oui, vous avez bien lu, on peut désormais répondre à ses mails en signant plutôt qu’en écrivant.
En plus, c’est bien meilleur pour la santé, puisque ça permet de pratiquer une activité sportive au bureau.

Vous vous demandez comment c’est possible ? Regardez la vidéo :

Ah la la, Google nous a préparé un beau poisson d’avril cette année. Et oui, vous pouvez cliquer en haut à droite, sur Try Gmail Motion ici Gmail Motion, si vous voulez en être sûrs.

C’est peut-être un poisson d’avril pour cette année, mais Google a l’air de dire que cela pourrait exister à l’avenir.
Nous surveillerons ça de près.

Bon mois d’avril à tous !

You’ve Got… Marlee Matlin on AOL

AOL, le célèbre service de messagerie électronique américain qui a rendue célèbre l’expression « Vous Avez Un Message » (You’ve Got Mail) a décidé de mettre en avant la vidéo sur son site.

AOL a créé plusieurs programmes, dont « You’ve Got » : un lieu d’expression ouvert à tous, où les personnes célèbres comme les inconnus peuvent envoyer leur message à l’Amérique entière.

Quelques jours après le lancement de cette émission, c’est Marlee Matlin, la célèbre actrice sourde couronnée d’un Oscar, qui délivre un message. Et quel message.

Voici la vidéo (et la traduction en-dessous)

You\'ve Got… Marlee Matlin

Vous me voyez peut-être comme une personne sourde et vous avez raison, mais je suis ici pour vous dire que je suis probablement l’une des personnes les plus bruyantes que vous rencontrerez dans votre vie.
Et c’est parce que je parle souvent de beaucoup de choses que j’estime devoir être entendues.
Le silence est la dernière chose que quiconque entendra jamais de moi. Cela doit être la même chose pour vous.
Vous, les 35 millions de personnes sourdes et malentendantes aux USA.
Vous pouvez être tout ce que vous voulez être. Exprimez-vous.
Si vous voyez que quelque chose ne va pas, s’il existe une loi qui n’a pas de sens, s’il y a une règle à laquelle vous sentez qu’il faut désobéir, faites tout ce que vous pouvez pour vous y appliquer, dites ce que vous pensez, ne restez pas seuls.
Je veux travailler avec vous pour faire du bruit.
Ne vous reposez pas, n’ayez pas peur, faites-le savoir.
Tenez tête, démarquez vous, faites vous entendre.
Prouvez au monde que les sourds et malentendants peuvent le faire.
Silencieux, c’est la dernière, dernière chose que nous ne serons un jour.
Nous voulons être entendus.

Vous avez du bruit.

Irlande du Nord: un dialogue de sourds… littéralement!

Décidément, rien n’est fait pour faciliter le dialogue entre Catholiques et Protestants en Irlande du Nord… Un dialogue de sourds qui n’est pas seulement dû à des divergences culturelles, politiques et religieuses: pour certains, cette incommunicabilité est tout bonnement… linguistique.

Ainsi, peu de gens, même en Irlande du Nord, savent que les sourds et malentendants catholiques et protestants… ne parlent pas la même langue des signes! Un cas de figure unique dans les îles britanniques où la situation est théoriquement claire et nette: on enseigne la langue des signes britanniques (BSL) en Grande-Bretagne, et la langue des signes irlandaise (ISL) en Éire. Oui mais voilà, en Irlande du Nord, les Protestants apprennent presque tous le BSL, tandis que les Catholiques, plus proches culturellement de la partie sud et donc souvent éduqués en établissement spécialisé à Dublin, se spécialisent dans l’ISL.

Un état de fait bien triste lorsqu’on sait que les sourds et malentendants constituent une infime minorité en Irlande du Nord, comme partout ailleurs, avec seulement 5.000 personnes à même de communiquer dans l’une ou l’autre langue des signes pour une population de 1,7 million d’habitants environ. Une communauté donc très isolée à la base… et dont la fragmentation (3.500 locuteurs utilisant le BSL et 1.500 l’ISL) ne fait rien pour arranger les choses!
Et n’allez pas croire que les deux langues soient proches : elles ne sont même pas de même origine. Ainsi, l’ISL est plus proche de la Langue des signes française (LSF) que du BSL et a d’ailleurs inspiré d’autres langues des signes (notamment en Australie et en Afrique du Sud), là où les Irlandais se sont installés en grand nombre. Pour vous donner une idée des différences fondamentales entre les deux langues, on ne signe que d’une main en ISL, alors qu’on a besoin des deux mains pour communiquer en BSL!

Comment en est-on arrivé à ce cas de figure absurde ? Il n’y avait sans doute rien de prémédité à la base. Avant l’indépendance de l’Irlande, seule la langue des signes britannique était enseignée; puis, au moment de la partition de l’Irlande en deux entités politiques distinctes en 1921 (l’Éire indépendante au sud et l’Irlande du Nord sous administration britannique), les instances éducatives de la partie sud ont naturellement voulu instaurer une langue des signes nationale pour l’Irlande. Mais ce qui n’était pas prévu, c’est que chaque communauté en Irlande du Nord se rapprocherait instinctivement de la langue des signes correspondant le plus à son identité nationale (irlandaise pour les Catholiques, britannique pour les Protestants)… à l’image de la partition entre les «deux Irlandes».

On retrouve ce clivage en politique. Ainsi, un représentant du Sinn Féin (catholique) que j’ai contacté m’a expliqué que seul l’ISL a pour l’instant droit de cité lorsque le parti se réunit à l’échelle nationale (pour des questions de budget, me dit-on); les sourds et malentendants ne parlant que le BSL sont donc exclus car la traduction simultanée qu’on leur propose (en ISL) leur est incompréhensible… à l’inverse, le Democratic Unionist Party (protestant) m’explique qu’aucune traduction n’est proposée à l’heure actuelle à l’intention des sourds et malentendants lorsque le parti se réunit, mais que si cette formation décidait d’engager un interprète, elle ferait appel à un locuteur BSL!

Un décalage politique paradoxal, quand on sait que la surdité rapproche quand même pas mal Catholiques et Protestants ayant ce handicap en Irlande du Nord et que ces derniers sont donc beaucoup plus modérés que la moyenne de la population…

Aujourd’hui, les choses évoluent tout de même timidement: ainsi, s’il n’existe pour l’instant aucun interprète ISL certifié en Irlande du Nord à ce jour (contre neuf interprètes BSL), cela devrait changer d’ici peu car les deux langues sont désormais reconnues officiellement et jouissent du statut de langues «autochtones», au même titre que l’anglais, le gaélique irlandais (auquel la population catholique est attachée) et l’Ulster-Scot (un parler rural anglo-écossais prisé par certains Protestants)…

Heureusement, cependant, les sourds et malentendants d’Irlande du Nord ne sont pas sans ressources. Ainsi, nombreux sont les locuteurs ISL qui apprennent également le BSL afin de pouvoir communiquer avec tous les sourds de ce bout d’Irlande, quelle que soit la religion!

Mieux encore, m’explique une interprète connaissant les deux langues: dans la ville frontalière de Derry, où les sourds et malentendants sont en grand nombre et où les contacts sont très nombreux avec les locuteurs du Donegal voisin ayant appris «l’autre» langue des signes, les gens mélangent carrément les deux idiomes, parfois même en démarrant la phrase dans une langue puis en la terminant dans l’autre!

Un dialogue de sourds, donc… que les locuteurs ISL/BSL parviennent à dénouer avec une ingéniosité… qui dépasse l’entendement!

Article issu du blog Couleurs Irlandaises un blog de Libération.fr
Photo cc de daveylin

My deaf family – une nouvelle télé-réalité chez une famille composée de sourds et d’entendants

A quoi vous font penser les mots : comédienne, surdité, Américaine ?
Oui, vous avez trouvé (ou pas), nous allons vous écrire quelques mots sur :
Marlee Matlin !

Cette jeune femme de 45 ans, que nous avons tous découvert dans Les enfants du silence, est exceptionnelle, ouverte, intelligente, réfléchie et elle se bat pour que les sourds aient les mêmes droits que les entendants, surtout maintenant où la crise faire rage. Elle se bat pour que cette frontière qui enferme chacun des individus soit supprimée, pour qu’il n’y ait plus de « ghetto » ni chez les sourds ni chez les entendants. Elle a d’ailleurs été à Genève en novembre 2009 pour intervenir lors d’un débat organisé par le Bureau International du Travail. Suite à ce débat un communiqué de presse est paru le 12 novembre 2009, d’où nous tirons les lignes suivantes qui reviennent sur la conclusion de Marlee Matlin :
« Marlee Matlin a fini son discours par une citation du premier Président malentendant de l’Université Gallaudet, la seule université semi-publique au monde dans laquelle tous les programmes et services sont spécifiquement conçus pour les sourds et malentendants: «La seule chose qu’un sourd ne peut pas faire, c’est entendre». Elle a conclu en ajoutant: «Ce qui me laisse un monde de possibilités à réaliser. Je crois de tout mon cœur que le ‘réel’ handicap dont nous souffrons ne se trouve pas dans nos oreilles, nos yeux, nos bras ou nos jambes, il est dans l’esprit de ceux qui nous handicapent.» »
1996-2010 Organisation internationale du Travail (OIT)

Aujourd’hui, Marlee Matlin lance un nouveau défi et casse une nouvelle fois les codes habituels et c’est tant mieux !!! Elle produit une nouvelle émission de télé-réalité : My deaf family (traduction : ma famille sourde), dont vous pouvez voir le pilote ci-dessous. De quoi s’agit-il ? Nous plongeons au sein d’une famille sourde et à travers un narrateur, ici le fils ainé entendant, Jared, nous voyons et comprenons comment cette famille sourde vit, évolue avec la société mais aussi comment cette famille se bat et se débat contre la société. Nous y voyons aussi comment l’enfant entendant, Jared, grandit avec des parents ainsi que des frères et soeur sourds, et comment il évolue avec cette double culture, entendante et sourde.
Espérons que cette émission soit synonyme d’ouverture d’esprit pour tout un chacun et que les barrières entre sourds et entendants tombent petit à petit.

My deaf family est visible sur youtube. Vous pouvez activer ou désactiver les sous-titres et changer la langue des sous-titres. D’ailleurs, savez-vous que Marlee Matlin a été chez youtube afin de valider ce concept de sous-titres synchronisé avec la vidéo ?

Et vous, aimeriez-vous voir la même chose ici, en France ?

Préparatifs TVisual

Nous avons tourné plusieurs pilotes d’émission depuis l’été dernier et il y a quelques jours, nous avons tourné un pilote de Journal Télévisé.

Une émission pilote est une émission qui sert de test : on teste le concept, les présentateurs, l’équipe technique.

Ce n’est pas destiné à être montré au grand public. Nous avons cependant décidé de commencer à partager avec vous quelques-unes de ces émissions, petit à petit.

Dans quelques jours, vous pourrez donc avoir un premier aperçu de TVisual, la première chaîne de télévision généraliste bilingue langue des signes / français oral.

Pour patienter jusque-là, nous vous proposons d’ores-et-déjà de retrouver quelques photos prises lors de la préparation de notre dernier pilote sur notre page Facebook.

A très bientôt !

Les scanners montrent que le cerveau traite la langue des signes comme la langue orale

Un article très intéressant vient d’être publié sur un site d’information de San Diego :
On y réaffirme, de façon scientifique, que la langue des signes est une langue et non un langage. Pour preuve : La même partie du cerveau est utilisée par les sourds lorsqu’ils signent que par les entendants lorsqu’ils parlent.

Voici une traduction de l’article :

SAN DIEGO – Une linguiste de l’Université d’État de San Diego indique que la langue parlée et la langue signée utilisent le cerveau d’une façon très similaire.

Le Professeur Karen Emmorey a utilisé les PET scans pour voir comment le cerveau des personnes sourdes fonctionnait durant l’utilisation de la langue des signes. Elle a découvert que la partie du cerveau concernant la « production de la parole » était aussi active chez les personnes qui signent que chez les personnes qui s’expriment par la parole. Elle a précisé que c’était vrai même quand les personnes sourdes utilisent des signes qui s’apparentent à du mime, comme le signe pour le verbe « boire ».

« Même lorsque les signes ressemblent à du mime, ces signes sont traités par le cerveau comme tout autre signe qui n’a pas de caractère mimique », explique Emmorey.

Les tests ont montré qu’une autre partie du cerveau était activée pour les mimes à la fois chez les sourds et chez les entendants. Emmorey a dit que le simple message de sa recherche était que la langue des signes est bel et bien une langue et non pas une série de gestes. Elle a présenté sa recherche à la conférence de l’Association Américaine pour le Progrès de la Science au San Diego Convention Center.

Article d’origine :

Scans Show The Brain Treats Sign Language Like Speech

By Tom Fudge

February 22, 2010

SAN DIEGO — A San Diego State University linguist says spoken language and sign language use the brain in very much the same way.

Professor Karen Emmorey used PET scans to see how the brains of deaf people functioned during the use of sign language. She found that the « speech production » part of the brain was as active in people signing as in people speaking. She said this was true even when deaf people used signs that appeared to be pantomime, like the sign for the verb « drink. »

« So even signs may look like panomimes, those signs are treated by the brain just the same as signs that don’t have the pantomimic quality, » said Emmorey.

Tests showed that a different part of the brain was activated by gestures or by pantomime in both the deaf and the hearing. Emmorey said the simple message of her research is that sign language is a language, not a series of gestures. She presented her research at the conference of the American Association for the Advancement of Science at the San Diego Convention Center.

http://www.kpbs.org/news/2010/feb/22/scans-show-brain-treats-sign-language-speech/

La musique pour les sourds, c’est possible

Vous n’y croyez pas ? Regardez ce que donne Marylin Manson en langue des signes

Nous avons voulu en savoir plus sur l’auteur de cette vidéo, qui n’est d’ailleurs pas la seule du genre. Bjorn est un interprète ASL américain de 27 ans, qui partage ses journées entre l’interprétariat et la vie d’artiste. Il a eu l’amabilité de répondre à nos questions :

J’ai lu sur votre site que vous n’êtes ni sourd, ni CODA (child of deaf adult – enfant de parents sourds) Vous êtes simplement tombé amoureux de la langue des signes en rencontrant des sourds, c’est bien cela ?

Oui, c’est exactement ça ! Je n’ai jamais rencontré de sourds ou malentendants pendant mon enfance. Alors qu’aujourd’hui il est commun de voir des classes avec des étudiants sourds accompagnés de leurs interprètes, ça ne l’était pas à l’époque où j’allais à l’école. Je crois que je devais avoir à peu près 20 ans la première fois qu’on m’a présenté une personne sourde, qui est d’ailleurs devenue ma colocataire un peu plus tard. C’est par pure coïncidence que moins de 2 ans plus tard, on m’a offert un poste d’assistant administratif au sein du département ASL (american sign language) de l’Université locale. C’est en travaillant auprès de nombreux professeurs sourds que je suis rapidement tombé amoureux de la langue. J’ai donc quité mon job et suis retourné à l’école pour devenir interprète. Je n’ai plus jamais regardé en arrière depuis.

D’où vous est venue l’idée de faire de telles vidéos ?

Je me considérais comme un artiste bien avant d’endosser le titre d’interprète. Je me suis essayé à de nombreux arts, mon préféré étant le body art/la peinture sur le corps. Faire ces vidéos m’a permis de combiner quelques-unes de mes passions : l’ASL, l’art et la musique.

Quelles ont été les différentes étapes pour réaliser vos vidéos ?

Mon appartement est couvert de post-its, où j’écris les idées qui me viennent ou des façons d’utiliser la langue de façon artistique. Une fois que j’ai un concept clair, je fais le storyboard de chaque scène (beaucoup de dessins rapides de bonhommes en bâtons avec de drôles de mains). Une fois que tout est sur papier, je commence à rassembler tout ce qu’il me faudra pour le clip, des accessoires au maquillage en passant par les toiles de fond, la peinture etc. Je peux finalement commencer à tourner une fois que j’ai quelques jours de congés.

Qui vous a aidé pour le maquillage, le lieu de tournage etc ?

Heureusement, ça ne se voit pas dans les vidéos, mais tout a été tourné dans mon studio !
Dès que je suis prêt, je transfère tout du côté salon et transforme ma chambre en studio de tournage. Je me maquille moi-même, c’est l’un de mes moments préféré, et pour les costumes, la majorité sont des vêtement que je récupère pour pas cher après halloween, ou dans les boutiques à 1 dollar ou par ma mère (elle ne s’en remet toujours pas, son fils aime jouer avec du maquillage ! ha)
Généralement, je paye presque tout moi-même. Mais par exemple, pour le clip Pump It des Black Eyed Peas, je savais que j’aurais besoin d’un fond vert et de l’équipement qui va avec. Je n’avais pas assez d’argent pour ça et j’ai écrit au Network Interpreting Service (une agence nationale d’interprétariat) qui ont très rapidement accepté de contribuer au projet et m’ont prêté des équipements. Je suis très reconnaissant de leur aide.

Pensez-vous que ces vidéos peuvent être réalisées directement par des sourds ou faut-il que ce soit un entendant qui connaît la langue des signes ?

Bien SÛR que les sourds peuvent faire tout ce qu’ils ambitionnent, y compris traduire de la musique. Un très bon exemple de cela est l’organisation D-PAN (Deaf Performing Artists Network). Ils font des choses impressionnantes avec la musique et les vidéos. Tous ceux qui lisent cet article devraient aller voir leur site s’ils ne l’ont pas déjà fait.

Voulez-vous faire passer un message particulier en faisant ces vidéos ?

Mon idée de faire ces vidéos n’est pas venue du seul fait que j’aime faire ça en effet. Je pense, que dans mon pays où l’on clame l’ »Accès Égal pour Tous », que nous avons besoin de prendre du recul et penser à ce que cela signifie pour de vrai, puisqu’on n’est toujours pas à la hauteur.
Dans notre culture, nous idôlatrons Hollywood, les acteurs et les musiciens. Cependant, on supprime parfois des sous-titres pendant un film ou on ajoute les paroles dans le livret des CDs et appelons ça « accès égal ». Les sous-titres sont un bon début, mais faire défiler du texte en bas d’un téléviseur ne PEUT tout simplement PAS provoquer la même émotion sur une chanson d’amour ou faire se hérisser les poils de peur sur de la musique death metal. On peut faire mieux. Nous en avons les moyens et nous en avons sûrement le talent ! Il s’agit juste de réunir toutes les compétences et de passer à l’action.

Merci beaucoup Bjorn et bravo pour cette brillante initiative !

Voici le site de Bjorn où vous pourrez trouver toutes ses vidéos StormFx D’autres vidéos sont à venir

Le site de D_PAN

Et quelques autres vidéos en langues des signes trouvées sur le net :